lundi 7 avril 2014

Chercher moins pour trouver plus !

Image courtesy of Keerati / FreeDigitalPhotos.net

Plus on remonte le temps, plus les registres sont laconiques et plus les recherches généalogiques deviennent longues et difficiles. Et si nous réfléchissions un peu, avant de nous lancer dans une quête effrénée, pour optimiser notre temps et obtenir de meilleurs résultats ?

 

Imaginons un acte de mariage du début du XVIIIe siècle qui indique les noms des parents des mariés mais aucun lieu d’origine. Nous remontons le temps dans les registres pour trouver la naissance des époux et nous ne trouvons que celle de la femme, aucune trace de la famille de l’homme. Comme c’est souvent le cas, le mariage était célébré dans la paroisse de l’épouse et l’homme venait d’ailleurs. Mais d’où ?

Le contexte géographique

Si nous utilisions les moyens modernes et strictement mathématiques, nous pourrions prendre une carte, poser la pointe du compas sur la paroisse de mariage et tracer des cercles concentriques pour déterminer les autres lieux où chercher l’origine du marié… Erreur ! En effet, cette méthode consiste purement et simplement à ignorer la géographie et les moyens de communication de l’époque. Pourquoi effectuer des recherches dans une paroisse proche de celle du mariage mais séparées entre-elles par un fleuve sur lequel ne passe aucun pont ? Pourquoi explorer les registres d’un lieu distant de quelques kilomètres à peine mais séparé de celui d’origine par un col infranchissable ? Pourquoi porter ses investigations dans une autre paroisse située au-delà d’une forêt inextricable ?
Une bien meilleure solution consiste à utiliser les cartes et plans de l’époque à laquelle nous effectuons nos recherches. Les cartes de Cassini, par exemple, constituent un excellent outil pour analyser le contexte géographique dans lequel évoluaient nos ancêtres. Nous pouvons y visualiser les fleuves, les rivières, les lacs, les ponts, les bois, les forêts, les montagnes… autant d’obstacles naturels aux déplacements de nos ancêtres. Nous y repérons aussi les routes et voies de communication qui, à l’inverse, facilitaient les mouvements de population. Ajoutons aux cartes les almanachs qui recensaient les foires et marchés de la région et nous disposerons alors de tout l’équipement nécessaire pour faire de meilleures recherches, plus intelligentes, afin de localiser la paroisse d’origine de l’époux que nous recherchons.


By Cassini (Carte de Cassini en ligne sur le site de l'EHESS) [Public domain], via Wikimedia Commons

Le contexte professionnel

Nul ne peut l’ignorer, nos aïeux choisissaient leur conjoint dans un environnement social proche du leur (on parlerait aujourd’hui de mariage au sein de la même « catégorie socio-professionnelle »). Dans la plupart des cas, l’époux exerce une profession proche, voire identique, à celle du père de l’épouse. Si cette profession est spécifique, elle devient un indice important pour retrouver l’origine du marié que nous cherchons. Il existe en effet de nombreux métiers qui demandent des conditions d’exercice spécifique : les verriers et les travailleurs de la micro-sidérurgie (comme les cloutiers) avaient besoin d’une rivière à proximité de leur industrie ; les sabotiers et les charbonniers vivaient en forêt où ils se fournissaient en bois ; les bateliers s’installaient près d’une voie d’eau navigable… Inutile donc de chercher, par exemple, un charbonnier dans une paroisse qui ne possède aucun bois sur son territoire ! En combinant le contexte professionnel au contexte géographique, nous multiplions nos chances d’effectuer une recherche qui porte ses fruits rapidement.
La méthode est également valable pour les populations de migrants. Dans la France d’ancien régime, on ne bouge pas au hasard sur une longue distance. Un scieur de long ou un maçon ne part jamais de chez lui sans connaître à l’avance son lieu de destination : il est attendu chez un proche, un parent, souvent un oncle ou un frère qui a fait le voyage avant lui. Il nous faut alors porter l’attention de nos recherches sur les autres hommes du village qui exercent la même profession pour espérer trouver avec eux l’indice qui ne figure pas dans le mariage qui nous sert de base. Nous multiplions dès lors les indices pour répondre à notre question sur l’origine de l’époux.

Le contexte familial

Au-delà des réflexes à acquérir sur la géographie et la profession de nos ancêtres pour remonter les générations, il faut étendre la recherche à l’ensemble de la parentèle pour augmenter les chances de résultats.
À partir du mariage qui est notre base de travail, commençons à observer et analyser les naissances des enfants du couple. Il ne faut pas, bien sûr, se limiter au seul ancêtre qui nous relie à eux, mais étudier les baptêmes de tous les enfants du couple. Qui sont les parrain et marraine de chacun ? Quel est leur lien de parenté avec l’enfant ? Quelle est leur profession ? Quel est leur domicile ? Dans la réponse à ces questions se cache sans doute la piste pour remonter une génération supplémentaire. Selon la tradition, le premier garçon baptisé a pour parrain son grand-père maternel (s’il est toujours vivant) et la première fille sa grand-mère maternelle. Suivent les oncles, tantes, puis les frères et sœurs aînés. Mais il arrive également que le parrain ou la marraine soient choisis hors de la famille. Quel est donc la raison de ce choix ? Un même métier ? Une même origine ? Voilà des indices essentiels…
La méthode est d’autant plus valable pour les actes de mariage non filiatifs. C’est en étudiant les enfants du couple et leurs parrains et marraines que nous pouvons débloquer une branche apparemment coupée. Ne nous privons pas alors de faire la généalogie de ces « parents spirituels » car ils peuvent s’avérer rapidement les « parents naturels » qui nous aideront à franchir un cap… L’étude de la parentèle élargie n’est jamais vaine.

En conclusion, se replonger dans le contexte de vie de nos ancêtres, comprendre leur modes de fonctionnement, étudier de qui ils sont proches et pourquoi, élargir notre vision et ne pas réfléchir avec nos réflexes contemporains : voilà le secret pour chercher moins et trouver plus !


Ecrit par Pierre-Valéry Archassal

 

3 commentaires :

Alors maintenant, si la "Papesse" de la blogosphère fait appel à la plume du grand "pape" de la paléographie, cela va donner du lourd.

Plaisanterie mise à part, l'étude de mes papetiers en Bretagne m'a amené à regarder avec plus d'attention les cours d'eau des Côtes d'Armor et du Finistère.

Excellent réflexe JM ! Si tu allies cela à tes performances en paléo... ;-)

Un article et des astuces pleins de bon sens mais toujours utile à rappeler ! Cela ne fait que quelques mois que je me suis remis aux cartes de Cassini, après avoir longtemps développé ma paresse sur Google Maps et ses cartes pratiques mais trop actuelles :)

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